TEXTS

Anatomie du paysage


Représenter le paysage est une façon de retranscrire à la fois l’impermanence, la fragilité et la pérennité de la nature. C’est cette dualité que raconte également Lars Van Trier dans son film ‘Melancholia’. Il nous montre le spectacle merveilleux et fascinant d’une végétation omniprésente alors que l’approche d’une gigantesque planète présage la destruction de la Terre.

Le mode opératoire est toujours le même : arpenter des lieux familiers, les observer de façon répétitive et se souvenir d’eux. Ces paysages fixes, transposés en portrait, construisent une cartographie de territoires intimes. C’est aussi un moyen de raconter leur histoire : un chapitre retrace celle de la Reine Jeanne, crique sauvage totalement dévastée par le feu où la végétation réapparaît petit à petit des cendres et des arbres calcinés. Il y est question de destruction et de renaissance - une manière poétique de témoigner de l’état de la nature et de nous interpeler sur le rapport que nous entretenons avec elle. C’est ce que nous dit Wim Wenders, dans son film, ‘Jusqu’au bout du monde’, en mettant en scène un vieil aborigène qui chante l’histoire de l’endroit où il vit. L’enjeu de ce chant est de maintenir ce morceau de nature vivant et de cette façon de préserver les hommes.

Renoncer à la figuration pour la couleur est un élément constitutif de mon identité créative. L’abstraction permet d’opérer une déconstruction de la réalité pour ne garder qu’un ensemble coloré qui fait appel à la sensation. Comme une image rétinienne, la couleur et le geste révèlent à nouveau le paysage, réduit à l’essentiel. Par ricochet entre technique, sujet et public, une intervention inclusive se met en marche. Le regardeur devient acteur de la construction d’une réalité autre.

Landscape morphology


Representing the beauty of nature puts at stake both its impermanence and fragility but also its durability. It is this duality that Lars Van Trier also recounts in his film ‘Melancholia’. He shows us the marvelous and fascinating spectacle of omnipresent vegetation as a gigantic planet approaches, foreshadowing the destruction of the Earth.

The working method is always the same: to walk familiar places, observe them repeatedly and remember them. These fixed landscapes, transposed into portraits, construct a cartography of intimate territories. It is also a way of telling their story: a chapter retraces the story of Queen Jeanne, a wild cove totally devastated by fire where vegetation gradually reappears from ashes and charred trees. It is about destruction and rebirth - a poetic way of witnessing the state of nature and questioning ourselves about the relationship we have with it. This is what Wim Wenders tells us, in his film, ‘To the End of the World’, by staging an old Aboriginal man singing the story of where he lives. The stake of this song is to maintain this piece of nature alive and in this way to preserve its people.

Giving up figuration for color is a constitutive element of Commet’s creative identity. Abstraction makes it possible to deconstruct reality to keep only a colored set that appeals to sensation. Like a retinal image, color and gesture reveal the landscape once again, reduced to the essential. In ricochet between technique, subject and public, an inclusive intervention is set in motion. The viewer becomes an actor in the construction of another reality.


© AnneCommet - Legal notice